
Comment le Japon, la Chine et la Corée du Sud préservent des traditions millénaires tout en façonnant la technologie, la mode et la culture populaire de notre temps.
À Tokyo, il suffit de quelques pas pour passer d’une tour de verre à l’allée d’un temple où l’on fait brûler de l’encens depuis des siècles. À Séoul, des jeunes gens en hanbok se photographient devant un palais royal, smartphone à la main. À Shanghai, une boutique de thé centenaire voisine avec un magasin de robots domestiques. Ces images ne sont pas des contradictions : elles racontent une manière singulière de vivre avec son passé.
Le Japon : renouveler pour faire durer
Au Japon, la tradition n’est pas forcément ce qui ne change jamais. Le grand sanctuaire d’Ise en est l’exemple le plus célèbre : depuis plus de mille ans, ses bâtiments principaux sont reconstruits à l’identique tous les vingt ans, selon le rite du Shikinen Sengū. Ce n’est pas le bois qui se transmet, mais le savoir-faire des charpentiers et des artisans.
Cette idée imprègne aussi le monde des objets. Le washi, papier traditionnel fabriqué à partir de fibres végétales, est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2014. On le retrouve aujourd’hui dans la restauration d’œuvres d’art des plus grands musées, dans des luminaires contemporains ou dans les carnets que l’on glisse dans son sac. Le Japon a fait de la continuité du geste une forme de modernité.
On ne conserve pas seulement l’objet : on conserve la main qui sait le refaire.
Dans le même temps, l’archipel exporte une culture populaire mondialement connue : mangas, films d’animation, jeux vidéo. Or ces œuvres puisent très souvent dans le folklore, les esprits de la nature ou les paysages ruraux. Le futur japonais se raconte volontiers avec des mots anciens.
La Chine : la « vague nationale »
En Chine, une tendance a pris un nom : guochao, littéralement « la vague nationale ». Des marques de mode, de cosmétiques ou de papeterie réinterprètent les motifs de la porcelaine, de la peinture de paysage ou de l’opéra, et séduisent une génération née avec Internet. Dans les parcs et les lieux historiques, il n’est plus rare de croiser des jeunes vêtus de hanfu, l’habit traditionnel des Han, remis au goût du jour.
La calligraphie, inscrite elle aussi au patrimoine immatériel de l’UNESCO, reste enseignée et pratiquée, y compris sous des formes inattendues : certains calligraphient à l’eau sur les dalles des parcs, et le texte s’évapore au soleil en quelques minutes. Fin 2024, la Fête du Printemps, le Nouvel An chinois, a rejoint à son tour cette liste, reconnaissance d’une fête qui rassemble chaque année des centaines de millions de personnes.
La Corée du Sud : du palais à la scène mondiale
La Corée du Sud est sans doute l’exemple le plus spectaculaire d’un pays devenu en quelques décennies une puissance culturelle mondiale. Musique, séries, cinéma, cosmétiques : la « vague coréenne » a fait le tour de la planète. Mais là encore, le passé n’est pas oublié. À Séoul, l’entrée de plusieurs palais royaux est gratuite pour les visiteurs vêtus du hanbok, ce qui a fait renaître l’habit traditionnel dans le quotidien des jeunes et des touristes.
L’alphabet coréen, le hangeul, créé au XVe siècle à l’initiative du roi Sejong, est célébré chaque année par une journée qui lui est consacrée. Des designers en tirent des typographies, des affiches, des motifs textiles : un système d’écriture vieux de près de six siècles devient une source d’inspiration graphique contemporaine.
Ce que ces trois pays ont en commun
- La transmission par le geste. Un savoir se garde en le pratiquant : la cérémonie du thé, la calligraphie ou la fabrication du papier s’apprennent auprès d’un maître, par la répétition.
- Le soin de l’objet. Un bol, un pinceau ou un carnet ne sont pas de simples outils : leur matière, leur forme et leur emballage comptent.
- Le dialogue avec la nature. Les saisons rythment les fêtes, les motifs et les couleurs, des cerisiers du printemps aux érables de l’automne.
Et chez nous ?
Cette manière de faire coexister l’ancien et le nouveau nous parle particulièrement. Écrire à la main dans un beau carnet, à l’heure des écrans, n’est pas un geste nostalgique : c’est une façon de ralentir, de choisir ses mots, de laisser une trace. C’est dans cet esprit que nous sélectionnons nos objets, pour qu’ils accompagnent une vie très actuelle avec un peu de la patience des traditions.



